Marie Lebrun

Peinture

Du 4 au 19 novembre exposition au Salon de Lyon et Sud-Est. Pour l'invitation cliquer ici.
Du 5 au 26 novembre exposition aux Fêtes de la saint Martin à Nethen. Pour l'invitation cliquer ici.

Textes

Marie Lebrun est née en 1954 à Bruxelles où elle vit. Après s'être initiée à la peinture de 1978 à 1982 en suivant les cours du soir chez Franz Mabille à l'académie Constantin Meunier, elle a continué seule son parcours.
Peinture à l'huile sur toile.
Son travail laisse une large place à la figuration où le regard émerge comme de l'intérieur du corps.


ENTREVOIR

Une histoire de regard. Là où on regarde et là d'où on regarde, en même temps.

Travailler entre la main et le regard, avancer, poursuivre le travail dans une zone opaque pour rendre l'objet. Tâtonnement.

Tenter de donner corps au regard, de capter le mouvement du regard.

Voir le corps et ce qu'il y a derrière le corps. Voir dedans et à travers, creuser le chemin du regard sur la toile.

Dans le creux de l'absence aussi, ne pas voir l'objet mais s'y mettre, déplacer son corps là, y être. Voir ce qu'il y a autour de ce que je ne vois pas.

Détruire, déconstruire plutôt, dans la profanation de l'image, perdre la forme pour la trouver. Dire cet arrachement progressif. Aller jusqu'au point où je me rends compte que je suis dans l'incapacité de dire.

Des pertes successives, des effacements successifs. C'est à la condition de ce risque pris que la figure peut apparaître, comme par hasard.

 


DECOUVERTE

Le chroniqueur a, quelquefois, de ses surprises, trop rares, une heureuse découverte. Ainsi, Marie Lebrun, une jeune artiste dont j’ignorais tout. Un peintre et pleinement peintre. Une peinture qui va au-delà de la peinture sans renoncer à sa spécificité, sans anecdote ni littérature. Un sentiment de spontanéité et de violence. Cela semble jeté sur la toile, d’un geste fougueux, quasi convulsif, tout en contraste avec la sérénité étale des fonds unis. De l’invention, des rapports de couleurs qui ne manquent pas d’audace et qui sonnent juste. Cela semble couler de source. Rien toutefois de cette peinture gestuelle, encore à la mode, et toute entière au seul plaisir, narcissique, de se défoncer. Ici, cela va bien plus loin. Derrière l’invention formelle, il y a ces hommes et cette femme «enceinte» ou «qui saute» ou «en creux». une présence forte, un cri féminin et qui nous interpelle rudement. La Vénerie, place Gilson à Watermael-Boitsfort.

Jean Goldmann in Libertés 4, 5, 6 mai 1991

Transmission écrite d’un message radiophonique du 24 avril 1991.

Bonjour et bonsoir, il y a une exposition qu’il ne faut pas rater sous aucun prétexte car vous louperez certainement une case de votre mémoire onirique et ceci n’est pas mortel mais cela serait bien dommage pour vous. Car, quelque part, Marie Lebrun nous retrace en quelques tableaux notre propre imagerie mentale, notre propre situation devant notre vie quotidienne. Marie Lebrun qui est justement l’artiste et qui a quelque chose de commun avec ses peintures en plus du fait que c’est elle qui les a créées de tout geste. Il y a quelque part dans les mimiques ou dans les gestes une projection d’elle-même, mais aussi une projection en tant qu’individu… non le terme est impropre à ma pensée… mais plutôt en tant qu’Etre et sa place dans notre environnement. Et quelque part aussi elle calque une attitude que vous aurez peut-être devant l’art de sa production ou d’un autre congénère. C’est-à-dire, un moment ou l’autre, vous serez pris en flagrant délit d’émerveillement. Marie Lebrun vous propose ses toiles à la galerie de la Vénerie sise au 3 de la place A. Gilson à Watermael-Boitsfort, Bruxelles, c’est juste derrière la mairie et aussi juste au terminus du tramway quatre-vingt quatorze.

I am JS, reporter à Radio France international

Les Éditions Nulpar… asbl, Radio Broadcasted Publications, Service politique de l’Europe Ouest / Littérature francophone / l’Art à Bruxelles



FORMER - DEFORMER

Peut-être n'est-il pas important pour un peintre de parler de peinture puisque le tableau se regarde, s'écoute à travers le voir.
Peut-être qu'en parlant on passe à côté de l'essentiel, on se raconte des histoires quand l'essentiel est ailleurs ?
Quand-même, voici quelques balises,  mais cela reste une pensée.

 Au départ il y a un désir de peindre comme il y a un désir de vivre et mon désir de vivre passe par le désir de peindre.
Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce qu'avec la peinture j'ai la sensation d'arriver à exprimer des choses qui me sont fondamentales et que je n'arrive pas à exprimer autrement.

 Même si chaque peinture est en quelque sorte ratée et me laisse insatisfaite du fait de n'avoir pas pu peindre le tableau imaginé, rêvé, il m'ouvre aussi des portes dans la mesure où je me suis approchée de ce tableau imaginé en peignant parfois des choses que je n'avais pas imaginées. Le tableau peint devient une étape sur un chemin. Le vrai tableau est peut-être le chemin parcouru, de tableau en tableau ?

 Mon travail, comme tout travail "artistique" (en littérature, en musique, ...) est un travail sur la forme. Ce qui est recherché, "créé", est une forme.

La forme (de manière directe en peinture figurative) est liée à la représentation. La représentation est un piège. Nous sommes tous "en-formés" (en-fermés) par des représentations du monde, des autres, de nous-même. Ces représentations nous canalisent. Elles nous permettent de penser et aussi nous en empêchent ! Notre regard a été éduqué. Il voit le monde à travers les lunettes qu'on lui a mis devant les yeux ! Le monde n'est pas tel qu'on me dit qu'il est, tel que l'un ou l'autre veut me faire croire qu'il est.

 Je dois m'informer.

 Ma liberté se trouve dans ma capacité et mon acte (risqué) de remise en question de ces représentations.
Si je peins je travaille les images et donc les représentations. Pour me les "approprier", c'est-dire y inclure mon regard, mes sensations, émotions, je ne peux accepter a priori ces représentations qu'on m'a inculquées et qui sont des modes de pensée. Je les interroge.

 Ma méthode (assez impulsive je le reconnais) est de les mettre à mal, de triturer la forme jusqu'au déchirement (sentir hors du corps et dans le corps) comme pour lui faire dire son secret, faire sauter le masque, sans savoir, en tâtonnant, jusqu'au moment où jaillit quelque chose d'inattendu, venu d'on ne sait où, comme par hasard et qui semble juste, vrai, proche.

 La "déformation" de mes figures n'est pas spécialement une mise en scène de souffrance, d'écorchure (même si cela l'évoque aussi), elle est le seul moyen que j'ai trouvé pour atteindre la forme "vraie" que je cherche.
Il faut que le sujet (du tableau) trouve sa vérité que moi-même je ne connais pas et que je découvre en peignant. Et c'est pour cela que j'ai besoin de le peindre.

 Le peintre fabrique des images dont la chair est les émotions du monde et les siennes propres ET interroge la représentation.

 Je suis aveugle. J'ai besoin de la peinture pour voir (un peu).